Sunday, April 30, 2006

AVANT-GARDES EN RUSSIE





Manifeste des présidents du globe terrestre




Là où nous serons passés
Londres, Paris, Chikago
remplaceront leurs noms par les nôtres
en signe de reconnaissances.
Mais nous leur pardonnerons cette sottise.
Cela, c'est l'avenir lointain.
En attendant, mères, emportez vos enfants
dés qu'un Etat apparait quelque part.
Jeunes gens, fuyer au galop, cachez-vous dans les grottes
et dans les profondeurs de la mer
si vous apercevez quelque part un Etat.
Jeunes filles et vous, qui ne supportez pas l'odeur des morts.
évanouissez-vous en entendant le mot " frontières "
elles sentent le cadavre.
...
Ohé! Ecoutez !
Au nom de l'humanité entière
nous entamons les pourparlers
avec les Etats du passé:
Etats, si vous êtes aussi magnifiques
que vous aimez à le raconter vous même
et que vous obligez vos laquais
à la raconter,
-- à quoi sert cette nouriture des dieux ?
Pourquoi nous, les hommes, craquons-nous entre vos mâchoires,
entre les crocs et les molaires ?
Ecoutez, Etats des Espaces !
Voilà déjà trois ans
que vous faites semblant de croire
que l'humanité n'est qu'un gâteau,
un biscuit sucré qui fond dans votre bouche.
Et si le biscuit se mettait à sauter, tel le rasoir, et à dire " maman ! "
Et si on le saupoudrait de nous
comme d'un poison ?...
Sied-il au Monseigneur Globe Terrestre
(que sa volonté soit faite)
d'encourager l'anthropophagie communautaire
à l'intérieur de ses propres limites ?
Et n'est-ce pas sérvilité grande
de la part des hommes, en tant que mangés,
de défandre le Mangeur suprême ?...
Si les Etats sont mauvais,
qui de nous lévera un seul doigt
pour ajourner leur sommeil
sous l'édredon " à jamais "

Velimir KHLEBNIKOV, « Manifeste des présidents du globe terrestre », 21 avril 1917 (extrait, traduction Luda Scnitzer)
***






Etre bourgeois, ce n'est pas avoir un capital et jeter des pièces d'or par les fenêtres. C'est le talon des cadavres sur la gorge des jeunes gens, c'est la bouche bâillonnée par des boules de graisse. Etre prolétaire, cela ne veut pas dire être noir de charbon, être celui qui fait tourner les usines. Etre prolétaire, c'est aimer l'avenir qui fait sauter la boue des sous-sols - croyez moi.


Valadimir MAÏAKOVSKI (cité par Roman Jakobson, « La Génération qui a gaspillé ses poètes » (1931), Questions de poétique, Paris, Seuil, 1973 ; réédition, Paris, Allia, 2001)

http://mayakovsky.com/maya2b_new.htm