Sunday, April 30, 2006

DADA (ZURICH)

Hans ARP, Collage (construit selon les lois du hasard), 1916


Quans, en mars 1914, je réfléchissais au projet d'un nouveau théâtre, voilà quelle était ma conviction : il nous manque un théâtre de passions véritablement émouvantes, un théâtre expérimental au-delà des intérêts du jour. L'Europe a trouvé une nouvelle manière de peindre, de faire de la musique et de la poésie. Une fusion de toutes les idées régénératrices, et non pas seulement celles du domaine de l'art. Seul le théâtre est capable de former une nouvelle société. Il faut tout simplement animer les arrières-plans, les couleurs, les mots et les sons d,une telle manière que, passant par l'inconscient, ils dévorent le quotidien et toute sa misère.

Hugo BALL, « Munich, 1914 », LA FUITE HORS DU TEMPS, 1921


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Se dépouiller de son moi comme d'un manteau troué. Ce qui ne peut être maintenu doit être abandonné. Il y a des êtres qui ne supportent absolument pas d'abandonner leur moi. Ils croient n'en posséder qu'un seul exemplaire. Mais l'être humain a beaucoup de moi, comme l'oignon a beaucoup de pelures. Un moi de plus ou de moins, cela ne tire pas à conséquence. Le noyau même est encore pelure. C'est incroyable de voir avec quelle ténacité l'homme se cramponne à ses préjugés. Il supporte la plus amère des tortures, uniquement pour ne pas avoir à se livrer. La nature la plus tendre et la plus profonde de l'homme doit être extrêmement fragile, mais sans aucun doute aussi très merveilleuse. Peu de gens arrivent à cette prise de conscience et à cet entendement diffus, car ils ont peur de la vulnérabilité de leur âme. La peur leur interdit le respect vrai.Ce philosophe qui, avec sa lanterne, était à la recherche d'un être humain ne se trouvait pas encore dans une situation aussi terrible que la nôtre. On ne lui a soufflé ni sa lanterne ni sa propre lumière. On avait cette « bonhomie » d'esprit de le laisser chercher.

Hugo BALL,« Zurich, octobre 1915 », LA FUITE HORS DU TEMPS, 1921


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VOLTAIRE est pour Baudelaire l'antipoète, le roi des badauds, le prince des êtres superficiels, l'anti-artiste, le prédicateur des portiers, le papa Gigogne des rédacteurs du Siècle.

Hugo BALL, « Bâle, 5 novembre 1915 », LA FUITE HORS DU TEMPS, 1921


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Le processus autonome de l'imagination fait immanquablement remonter ces choses qui avaient franchi, en bloc, le seuil de la conscience. En un temps comme le nôtre, où les hommes sont quotidiennement assaillis par les choses les plus monstrueuses, sans pouvoir analyser leurs impressions, en un tel temps, la production artistique devient un régime diététique. Néanmoins, tout art véritablement vivant sera irrationnel, primitif et complexe : il utilisera un langage secret et léguera non pas des documents édifiants, mais des documents paradoxaux.

Hugo BALL,« Zurich, 25 novembre 1915 », LA FUITE HORS DU TEMPS, 1921







Cabaret Voltaire

Lorsque je fondis le Cabaret Voltaire, j’étais convaincu qu’il y aurait en Suisse quelques jeunes hommes qui voudraient comme moi, non seulement jouir de leur indépendance, mais aussi la prouver.

Je me rendis chez Mr Ephraïm, le propriétaire de la « Meierei » et lui dis : « Je vous prie, Mr Ephraïm, de me donner la salle. Je voudrais fonder un Cabaret artistique. » Nous nous entendîmes et Mr Ephraïm me donna la salle. J’allais chez quelques connaissances. « Donnez-moi, je vous prie un tableau, un dessin, une gravure. J’aimerais associer une petite exposition à mon cabaret. » À la presse accueillante de Zurich, je dis : « Aidez-moi. Je veux faire un Cabaret international : nous ferons de belles choses. » On me donna des tableaux, on publia les entrefilets. Alors nous eûmes le 5 février un cabaret. Mme Hennings et Mme Leconte chantèrent en français et en danois. Mr Tristan Tzara lut de ses poésies roumaines. Un orchestre de balalaïka joua des chansons populaires et des danses russes.

Je trouvai beaucoup d’appui et de sympathie chez Mr Slodki qui grava l’affiche du Cabaret et chez Mr Arp qui mit à ma disposition des œuvres originales, quelques eaux-fortes de Picasso, des tableaux de ses amis O. van Rees et Artur Segall. Beaucoup d’appui encore chez Mrs Tristan Tzara, Marcel Janko et Max Oppenheimer qui parurent maintes fois sur la scène. Nous organisâmes une soirée russe, puis une française (on y lut des œuvres d’Apollinaire, Max Jacob, André Salmon, Jarry, Laforgue et Rimbaud). Le 26 février arriva Richard Huelsenbeck de Berlin et le 30 mars nous jouâmes deux admirables chants nègres (toujours avec la grosse caisse : bonn bonn bonn bonn drabatja mo gere, drabatja mo bonnooooooooooooooo). Monsieur Laban y assistait et fût émerveillé. Et sur l’initiative de Mr Tristan Tzara : Mrs Huelsenbeck, Janko et Tzara interprétèrent (pour la première fois à Zurich et dans le monde entier) les vers simultanés de Mrs Henri Barzun et Fernand Divoire, et un poème simultané composé par eux-mêmes. Aujourd’hui et avec l’aide de nos amis de France, d’Italie et de Russie nous publions ce petit cahier. Il doit préciser l’activité de ce Cabaret dont le but est de rappeler qu’il y a, au-delà de la guerre et des patries, des hommes indépendants qui vivent d’autres idéaux.

L’intention des artistes assemblés ici est de publier une revue internationale. La revue paraîtra à Zurich et portera le nom « DADA » Dada Dada Dada Dada.

Hugo BALL, Éditorial de Cabaret Voltaire, no1 (et unique), Zurich, le 15 mai 1916



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UNE NATIVITÉ bruitiste


Hugo BALL a joué cette « Nativité » – ou « Jeu de la Crèche » : « Krippenspiel » – avec Hans ARP, Emmy BALL-HENNINGS, Richard HUELSENBECK (« Schalk », dans les notes pour la régie), Marcel JANCO et Tristan TZARA, en juin 1916 au Cabaret Voltaire à Zurich.


Au milieu de l’été, de manière typiquement dadaïste. Et au milieu d’une guerre mondiale, de « l’agonie et du délire de mort de l’époque », comme BALL l’écrira plus tard.


http://elvir.univ-poitiers.fr/telecharger.php3?id_article=678


http://gutenberg.spiegel.de/ball/krippen/Druckversion_krippen.htm




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II. 1916. Dans la plus obscure rue sous l'ombre des côtes architecturales, où l'on trouve des detectifs discrets parmi les lanternes rouges – naissance – naissance du Cabaret Voltaire – affiche de Slodky, bois, femme et Cie, muscles du cœur Cabaret Voltaire et des douleurs. Lampes rouges, ouverture piano, Ball lit Tipperary, piano « sous les ponts de Paris », Tzara traduit vite quelques poèmes pour les lire, Mme Hennings – silence, musique – déclaration – fin. Sur les murs: van Rees et Arp, Picasso et Eggeling, Segal et Janco, Slodky, Nadelmann, couleurs papiers, ascendance art nouveau, abstrait et des cartes-poèmes géographiques futuristes: Marinetti, Cangiullo, Buzzi; Cabaret Voltaire, chaque soir on joue, on chante, on récite – le peuple – l'art nouveau le plus grand au peuple – van Hoddis, Benn, Treß – balalaïka – soirée russe, soirée française – des personnages en édition unique apparaissent, récitent ou se suicident, va et vient, la joie du peuple, cris, le mélange cosmopolite de dieU et de boRdel, le cristal et la plus grosse femme du monde: « Sous les ponts de Paris ».

Arrivée Huelsenbeck

– 26. II. 1916.pan ! pan ! pa-ta-pan Sans opposition un parfum initial.Grande soirée – poème simultané en 3 langues, protestation bruit musique nègre / Hoosenlatz Ho osenlatz / piano Typerary Laterna magica démonstration, proclamation dernière!! invention dialogue!! Dada!! dernière nouveauté!!! syncope bourgeoise, musique bruitiste, dernier cri, chanson Tzara danse protestations – la grosse caisse – lumière rouge, policemen – chansons tableaux cubistes cartes postales chanson Cabaret Voltaire – poème simultané breveté Tzara Ho osentlaz et van Hoddis Hü ülsenbeck Hoosenlatz tourbillon Arp – two-step réclame alcool fument vers les cloches / on chuchote: arrogance / silence Mme Hennings, Janco déclaration, l'art transatlantique = peuple se réjouit étoile projetée sur la danse cubiste en grelots.

(...)

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1916 - juin
Publication du
CABARET VOLTAIRE
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Collaborateurs : Apolinaire, Picasso, Modigliani, Arp, Tzara, van Hoddis, Hülsenbeck, Kandinsky, Marinetti, Cangiullo, van Rees, Slodky, Ball, Hennings, Janco, Cendrars, etc. Dialogue DaDada d a d a dadadadada la vie nouvelle

[…]

Le Cabaret a duré 6 mois, chaque soir on enfonça le triton du grotesque du dieu du beau dans chaque spectateur, et le vent ne fut pas doux – secoua tant de consciences – le tumulte et l’avalanche solaire – la vitalité et le coin silencieux près de la sagesse ou de la folie – qui pourrait en préciser les frontières ? – lentement s’en allèrent les jeunes-filles et l’amertume plaça son nid dans le ventre du père de famille. Un mot fut né, on ne sait pas comment DADA DADA on jura amitié sur la nouvelle transmutation, qui ne signifie rien, et fut la plus formidable p r o t e s t a t i o n, la plus intense affirmation armée du salut liberté juron masse combat vitesse prière tranquillité guerilla privée négation et chocolat du désespéré.


(...)

soirée dada (14 juillet 1916)

14. VII. 1916. Salle zur Waag: I. Dada-Soirée
[Musique, danses, Théories, Manifestes, poèmes, tableaux, costumes, masques]
Devant une foule compacte, Tzara manifeste, nous voulons nous voulons pisser en couleurs diverses, Huelsenbeck manifeste, Ball manifeste, Arp Erklärung, Janco meine Bilder, Heusser eigene Kompositionen, les chiens hurlent et la dissection du Panama sur piano sur piano et embarcadère – Poème crié – on crie dans la salle, on se bat, premier rang approuve deuxième rang se déclare incompétent le reste crie, qui est plus fort on apporte la grosse caisse, Huelsenbeck contre 200, Ho osenlatz accentué par la très grosse caisse et les grelots au pied gauche – on proteste on crie on casse les vitres on se tue on démolit on se bat la police interruption.

Reprise du boxe: Danse cubiste costumes de Janco, chacun sa grosse caisse sur la tête, bruits, musique nègre / trabatgea bonooooooo oo ooooo / 5 expériences littéraires: Tzara en frac explique devant le rideau, sec sobre pour les animaux, la nouvelle esthétique: poème gymnastique, concert de voyelles, poème bruitiste, poème statique arrangement chimique des notions, Biribum biribum saust der Ochs im Kreis herum [Huelsenbeck], poème de voyelles aaô, ieo, aiï, nouvelle interprétation de la folie subjective des artères la danse du cœur sur les incendies et l'acrobatie des spectateurs. De nouveau cris, la grosse caisse, piano et canons impuissants, on se déchire les costumes de carton le public se jette dans la fièvre puerperale interomprrrre. Les journaux mécontents poème simultané à 4 voix + simultané à 300 idiotisés définitivs.


Tristan TZARA, CHRONIQUE ZURICHOISE, Dada Almanach, Berlin, Eich Reiss, 1920


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Ce que nous appelons Dada est une bouffonnerie issue du néant et toutes les grandes questions y entrent en jeu ; un geste de gladiateur ; un jeu avec de misérables résidus ; une mise à mort de la moralité et de l'abondance qui ne sont que postures.

Hugo BALL, « 12 juin 1916 », La Fuite hors du temps



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Karawane


jolifanto bambla o falli bambla

großiga m'pfa habla horem

egiga goramen

higo bloiko russula huju

hollaka hollala

anlogo bung

blago bung blago bung

bosso fataka

ü üü ü

schampa wulla wussa olobo

hej tatta gorem

eschige zunbada

wulubu ssubudu uluwu ssubudu

tumba ba-umf

kusa gauma

ba - umf

*

Seepferdchen und Flugfische


tressli bessli nebogen leila

flusch kata

ballubasch

zack hitti zopp

zack hitti zopp

hitti betzli betzli

prusch kata

ballubasch

fasch kitti bimm

zitti kitillabi billabi billabi

zikko di zakkobam

fisch kitti bisch

bumbalo bumbalo bumbalo bambo

zitti kitillabi

zack hitti zopp

treßli beßli nebogen grügrü

blaulala violabimini bisch

violabimini bimini bimini

fusch kata

ballubasch

zick hiti zopp

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Gadji beri bimba

gadji beri bimba glandridi laula lonni cadori

gadjama gramma berida bimbala glandri galassassa laulitalomini

gadji beri bin blassa glassala laula lonni cadorsu sassala bim

gadjama tuffm i zimzalla binban gligla wowolimai bin beri ban

o katalominai rhinozerossola hopsamen laulitalomini hoooo

gadjama rhinozerossola hopsamenbluku terullala blaulala loooo

zimzim urullala zimzim urullala zimzim zanzibar zimzalla zam

elifantolim brussala bulomen brussala bulomen tromtata

velo da bang band affalo purzamai affalo purzamai lengado tor

gadjama bimbalo glandridi glassala zingtata pimpalo ögrögöööö

viola laxato viola zimbrabim viola uli paluji malooo

tuffm im zimbrabim negramai bumbalo negramai bumbalo tuffm i zim

gadjama bimbala oo beri gadjama gaga di gadjama affalo pinx

gaga di bumbalo bumbalo gadjamen

gaga di bling blong

gaga blung


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Premier manifeste Dada

Dada est une nouvelle tendance artistique, on s’en rend bien compte, puisque, jusqu’à aujourd’hui, personne n’en savait rien et que demain tout Zurich en parlera. Dada a son origine dans le dictionnaire. C’est terriblement simple. En français cela signifie « cheval de bois ». En allemand « va te faire, au revoir, à la prochaine ». En roumain « oui en effet, vous avez raison, c’est ça, d’accord, vraiment, en s’en occupe », etc. C’est un mot international. Seulement un mot et ce mot comme mouvement. C'est simplement terrible. Si on en fait une tendance artistique, cela signifie qu'on veut prévoir des complications. Psychologie Dada. Allemagne Dada y compris indigestions et crampes brouillardeuses, littérature Dada, bourgeoisie Dada et vous, très vénérés poètes, vous qui avez toujours fait de la poésie avec des mots, mais jamais avec le mot même, vous qui tournez autour d’un simple point en poétisant. Guerre mondiale Dada et pas de fin, révolution Dada et pas de commencement. Dada, amis et soi-disant poètes, très estimés fabricateurs et évangélistes Dada Tzara, Dada Huelsenbeck, Dada m’dada, Dada m’dada, Dada mhm, dada dera dada, Dada Hue, Dada Tza. Comment obtenir la béatitude ? En disant Dada. Comment devenir célèbre ? En disant Dada. D’un geste noble et avec des manières raffinées. Jusqu’à la folie. Jusqu’à l’évanouissement. Comment en finir avec tout ce qui est anguille et journaliste, tout ce qui est gentil et propret, borné, vermoulu de morale, européanisé, énervé ? En disant Dada. Dada c’est l’âme du monde, Dada c’est le grand truc. Dada c’est le meilleur savon au lait de lys du monde. Dada Monsieur Rubiner, Dada Monsieur Korrodi, Dada Monsieur Anastasius Lilienstein. Cela veut dire en allemand : l’hospitalité de la Suisse est infiniment appréciable. Et en esthétique, ce qui compte, c’est la qualité. Je lis des vers qui n’ont d’autre but que de renoncer au langage conventionnel, de s’en défaire. Dada Johann Fuchsgang Goethe. Dada Stendhal, Dada Dalaï-lama, Dada Bouddha, Bible et Nietzsche. Dada m’dada. Dada mhm dada da. Ce qui importe, c’est la liaison et que, tout d’abord, elle soit quelque peu interrompue.

Je ne veux pas de mots inventés par quelqu’un d’autre. Tous les mots ont été inventés par les autres. Je revendique mes propres bêtises, mon propre rythme et des voyelles et des consonnes qui vont avec, qui y correspondent, qui soient les miens. Si une vibration mesure sept aunes, je veux, bien entendu, des mots qui mesurent sept aunes. Les mots de Monsieur Dupont ne mesurent que deux centimètres et demi. On voit alors parfaitement bien comment se produit le langage articulé. Je laisse galipetter les voyelles, je laisse tout simplement tomber les sons, à peu près comme miaule un chat… Des mots surgissent, des épaules de mots, des jambes, des bras, des mains de mots. AU. OI. U. Il ne faut pas laisser venir trop de mots. Un vers c’est l’occasion de se défaire de toute la saleté. Je voulais laisser tomber le langage lui-même, ce sacré langage, tout souillé, comme les pièces de monnaies usées par des marchands. Je veux le mot là où il s’arrête et là où il commence. Dada, c’est le cœur des mots. Toute chose a son mot, mais le mot est devenu une chose en soi. Pourquoi ne le trouverais-je pas, moi ? Pourquoi l’arbre ne pourrait-il pas s’appeler Plouplouche et Plouploubache quand il a plu ? Le mot, le mot, le mot à l’extérieur de votre sphère, de votre air méphitique, de cette ridicule impuissance, de votre sidérante satisfaction de vous-mêmes. Loin de tout ce radotage répétitif, de votre évidente stupidité. Le mot, messieurs, le mot est une affaire publique de tout premier ordre.

Hugo BALL, Zurich, le 14 juillet 1916.

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Tristan TZARA, Manifeste de M. Antipyrine, 1916


L'auteur président étant malade a perdu son manifeste. Nous reproduisons, extrait de La première aventure céleste de M. Antipyrine (Zurich, 1916, Collection Dada, épuisé), le manifeste lu à la première soirée Dada, à Zurich, le 14 juillet 1916, à la salle Waag.

DADA est notre intensité : qui érige les baïonnettes sang conséquence la tête sumatrale du bébé allemand ; Dada est la vie sans pantoufles ni parallèle ; qui est contre et pour l'unité et décidément contre le futur ; nous savons sagement que nos cervaux deviendront des coussins douillets, que notre anti-dogmatisme est aussi exclusiviste que le fonctionnaire et que nous ne sommes pas libres et crions liberté nécessité sévère sans discipline ni morale et crachons sur l'humanité.

DADA reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous coulons dorénavant chier en couleurs diverses pour orner le jardin zoologique de l'art de tous les drapeaux des consulats.Nous sommes directeurs de cirque et sifflons parmi les vents des foires, parmi les couvents, prostitutions, théâtres, réalités, sentiments, restaurants. Hohi, hoho, bang, bang.

Nous déclarons que l'auto est un sentiment qui nous assez choyé dans les lenteurs de ses abstractions et les transatlantiques et les bruits et les idées. Cependant nous extériorisons la facilité, nous cherchons l'essence centrale et nous sommes contents pouvant la cacher ; nous ne voulons pas compter les fenêtres de l'élite merveilleuse, car Dada n'existe pour personne et nous voulons que tout le monde comprenne cela, car c'est le balcon de Dada, je vous assure. D'où l'on peut entendre les marches militaires et descendre en tranchant l'air comme un séraphin dans un bain populaire pour pisser et comprendre la parabole.

DADA n'est pas folie, ni sagesse, ni ironie, regarde-moi, gentil bourgeois.

L'art était un jeu noisette, les enfants assemblaient les mots qui ont une sonnerie à la fin, puis ils pleuraient et ciraient la strophe, et lui mettaient les bottines des poupées et la strophe devint reine pour mourir un peu et la reine devint baleine, les enfants couraient à perdre haleine.

Puis vinrent les grands ambassadeurs du sentiment qui s'écrièrent historiquement en chœur :

Psychologie psychologie hihi

Science Science Science

Vive la France

Nous ne sommes pas naïfs

Nous sommes successifs

Nous sommes exclusifs

Nous ne sommes pas simples

et nous savons bien discuter l'intelligence.

Mais nous, DADA, nous ne sommes pas de leur avis, car l'art n'est pas sérieux, je vous assure, et si nous montrons le crime pour dire doctement végétation. c'est pour vous faire du plaisir, bons auditeurs, je vous aime tant, je vous aime tant, je vous assure et je vous adore.

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Penser signifie juger. Juger (ur-teilen) signifie décomposer en parties originell (Ur-teile), en origines. Cela nécessite une connaissance des origines (Ur-sprünger) et, plus précisément, une connaissance double : de l’être originel (Ur-wesen) et du non-être (Ab-wesen) qui accomplit le saut (Sprung) hors de l’être originel. La décomposition (Ver-wesen, putréfaction) n’est qu’une conséquence de la déviation (Ab-irrung, aberration).Les jugements sont devenus presque impossibles ; on a oublié les origines. Tout le monde vit sur des réserves de préjugés, voire sur des jugements reçus que l’on redistribue sans réfléchir.Finalement, on en est même arrivé à renoncer encore à ces préjugés et l’on vit tout à fait naturellement au jour le jour. Ne plus avoir de préjugés représente le nec plus ultra de la culture contemporaine. La raison a été remplacée par un simple procédé sériel d’adjonctions et de rattachement à certains faits et convictions, tenus autrefois pour des biens indestructibles – et pourtant, aujourd’hui détruits.

Hugo BALL, « 4 février 1917 », LA FUITE HORS DU TEMPS, 1921

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galerie dada (1917)

Direction: Tzara, Ball.

17 mars, Einleitungsworte.

I. Exposition de : Campendonk, Kandinsky, Klee, Mense, etc.

23 mars 1917 : Eröffnungs-Feier Galerie DadaZürich, Bahnhostr. 19

Lampes rouges matelas sensation mondaine Piano : Heusser, Perrottet, Récitations : Hennings, A. Ehrenstein, Tzara, Ball, Danses : Mlle Taeuber / costumes de Arp /, C. Walter, etc. etc. Grand mouvement giratoire et féerique de 400 personnes en fête.

14 avril : Sturm-SoiréeJarry, Marinetti, Apollinaire, van Hoddis, Cendrars, Kandinsky.

9-30 avril : 2e Exposition de la Galerie Dada:Bloch, Baumann, Max Ernst, Feininger, Kandinsky, Paul Klee, Kokoschka etc. etc.

28 avril : Soirée d'art nouveauTzara: froid Lumière, poème simultané par 7 personnes.

2-29 mai : 3e Exposition de la Galerie Dada

12 mai : Soirée Alte und neue Kunst Dada

1 juin – Vacances illimitées de la Galerie Dada.

Juillet 1917 : On lance le Mouvement Dada

Création mystérieuse ! Revolver magique ! ------------------------------------ --

Tristan TZARA, CHRONIQUE ZURICHOISE, Dada Almanach, Berlin, Eich Reiss, 1920

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Dada a été fondé au printemps 1916 à Zurich, dans une petite taverne, le Cabaret Voltaire, par messieurs Hugo Ball, Tristan Tzara, Hans Arp, Marcel Janco et Richard Huelsenbeck. [...] La guerre nous avait projetés par-dessus les frontières de nos patries. Ball et moi nous venions d’Allemagne, Tzara et Janco de Roumanie, Hans Arp de France. Nous étions tous d’accord : la guerre avait été fomentée par les différents gouvernements pour les raisons les plus platement matérialistes ; nous, les Allemands, nous connaissions J’accuse sans quoi il eût été bien difficile de nous convaincre que le Kaiser et ses généraux aient pu être qualifiés d’hommes honnêtes. Ball était réfractaire et moi-même j’avais pu échapper de justesse aux poursuites de ces valets de bourreaux qui, pour des raisons soi-disant politiques, entassent les hommes dans les tranchées du nord de la France et leur donnent des grenades à bouffer. Aucun de nous n’avait ce genre de courage qui consiste à se faire fusiller pour les idées d’une nation qui, dans le meilleur des cas, n’est qu’un consortium de trafiquants de fourrures et de peaux et, dans le pire, une association de psychopathes s’en allant, comme dans la “ patrie ” allemande, avec un livre de Goethe dans leur havresac, pour embrocher à la baïonnette Français et Russes.

Richard HUELSENBECK, En avant DADA ; l'histoire du dadaïsme, 1920

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Il ne s’agissait plus de refus devant un monde anachronique ; Dada prenait l’offensive et attaquait le système du monde dans son intégrité, dans ses assises, car il le rendait solidaire de la bêtise humaine, de cette bêtise qui aboutissait à la destruction de l’homme par l’homme de ses biens matériels et spirituels. Aussi fûmes nous désignés à prendre comme objet de nos attaques les fondements mêmes de la société, le langage en tant qu’agent de communication entre les individus, et la logique qui en était le ciment. Nos conceptions de la spontanéité et le principe selon lequel « la pensée se fait dans la bouche » nous amenèrent en tout état de cause à reprendre la logique primant les phénomènes de la vie (« On ne mordra jamais assez son cerveau »).

Tristan TZARA, Le Surréalisme et l'après-guerre, 1947

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http://www.lib.uiowa.edu/dada/index.html

http://stedecreation.free.fr/introduction.html